Article du Général Bernard Messana

Chers petits cos,

Je suis très heureux de la publication de cet article par l’ASAF.
Comme l’écrit Bernard Messana : “Alors que la société civile se fracture dangereusement, ne faut-il pas, plus que jamais, veiller à la cohésion de la société militaire ?”
Dans une société à la recherche de nouveaux équilibres, notre armée professionnelle a besoin effectivement plus que jamais d’un réseau favorable d’information et de communication pour faciliter sa relation avec la Nation.

Nous sommes parvenus à mettre sur pied le Cercle de réflexion interarmées ( CRI ) et à diffuser un Appel à la solidarité. Mais nous nous heurtons encore à beaucoup trop de scepticisme dans l’active comme parmi les Anciens.

Nous ,les ” Anciens”, nous pouvons jouer un rôle important en oeuvrant auprès de nos relations civiles et militaires pour créer cette synergie entre l’Active et le monde associatif qui doit permettre à la communauté militaire dans son ensemble de mieux se faire entendre et respecter.

JP

« PRIME SPÉCIFIQUE DE HAUTE RESPONSABILITÉ ».

Quand le droit est inopportun.
Général (2s) Bernard Messana. Décembre 2018

Le 10 Novembre 2018, la collection de ces chausse-trappes qui truffent l’histoire de nos Armées s’est enrichie d’un échantillon de choix. Ce jour là en effet, les Généraux et Amiraux du sommet de la pyramide hiérarchique ont rejoint leurs homologues du secteur civil en recevant, par décret, le droit de bénéficier d’une « prime spécifique de haute responsabilité ».

Le CEMA, tout en jugeant ce sujet « difficile à porter », et « pas populaire », avait cependant tenu, sans doute par esprit de discipline, à tenter d’en justifier l’opportunité en s’appuyant sur les constats d’observateurs incontestés: « Année après année, selon les rapports du Haut conseil d’évaluation de la condition militaire (HCECM), les plus mal traités sont les têtes de pyramide des Armées. A niveaux de qualification et de responsabilité identiques, c’est parmi les cadres militaires, et non parmi les sous-officiers et les militaires du rang que l’on observe le plus fort décalage ».

Le CEMA justifiait donc qu’il était ainsi mis fin, en quelque sorte, à une injustice notoire, la maltraitance financière des cadres. Mais alors pourquoi donc jugeait-il ce sujet « difficile à porter » ?

Voulait-il ainsi signifier que dans le contexte actuel la nouvelle de l’octroi de cette prime était particulièrement malvenue ? C’est certes là l’opinion que la plupart des commentateurs n’ont pas hésité à exprimer.

En effet, alors que contrairement aux engagements de la toute nouvelle LPM à peine éclose, les Armées se voient contraintes de financer seules, et en totalité, les copieux dépassements de coûts des Opex,- d’ailleurs parfaitement prévisibles-, voilà qu’on se mêle d’accorder des primes confortables, -de l’ordre de 30 à 50 000 euros par an-, aux 61 occupants des plus hauts degrés de la hiérarchie militaire! « Gabegie de primes pour les hauts gradés, absence de moyens pour les soldats ! » risque t-on de penser, et même de proclamer.

Et voilà qui surprend et pourrait même troubler le plus impartial et le mieux intentionné des observateurs. Surtout en ce mois de commémoration de l’armistice de 1918 où une communication navrante de la Présidence a déjà conduit à opposer Maréchaux et Soldats, le sommet et la base, les honneurs pour les uns, la mitraille et la boue pour les autres.

Ils savent parfaitement, d’ailleurs, ces observateurs, que les plus hauts gradés de la hiérarchie n’ont strictement rien demandé. Cette prime arrive soudain, inattendue, par surprise ; et certains d’entre eux, à mi-voix, s’en inquiètent : « A
t-on voulu diviser pour régner ? Introduire la discorde dans la hiérarchie ? »

Et le doute grandit, se fait même plus insidieux, plus troublant, chez les nouveaux bénéficiaires : « Et si certains se mettaient à penser que l’on avait voulu acheter mon silence ? D’autant plus qu’il y a, dans cette prime, une part variable liée en quelque sorte à ma manière de servir ! Veux t’on m’inviter à me taire alors que l’on s’apprête à nouveau à trahir les engagements, et à refaire de nos Armées cette variable d’ajustement si commode des comptes de l’État ? »

C’est alors que revient dans les mémoires le souvenir encore vif de la démission du général de Villiers. Rappelons-nous : au jour J, ce Général, alors CEMA, est informé qu’il sera prolongé d’un an, servant ainsi au-delà de la limite d’âge officielle de son grade. C’est un honneur qui lui est fait, il en est fier et heureux car voilà des années qu’il ose dire les choses à sa façon précise, mesurée, lucide et courtoise, dénonçant les dérives, montrant les risques.

En le prolongeant, le Pouvoir semble lui dire enfin ce « je vous ai compris » qu’il espérait. Et puis, au lendemain du jour J, il apprend soudain que 850 millions sont supprimés d’un trait de plume au budget des Armées, et que l’on pourrait avoir voulu, en quelque sorte, tout à la fois acheter son silence, et le déconsidérer aux yeux de ses frères d’armes.

Alors il claque la porte.

C’est là aller trop loin, interviendra sans doute l’un de ces journalistes dits « spécialistes » des problèmes de Défense, et surtout familiers des arcanes du pouvoir. Ce décret co-signé par le ministre de l’action et des comptes publics et celle de la Défense était en n préparation de longue date, et il ne faut pas lui prêter d’aussi mesquines arrière-pensées dont, à vrai dire, il n’a nul besoin des’encombrer.

D’ailleurs, poursuit le journaliste, un brin ironique, le montant de ces primes n’a rien de démesuré. Certes, dans le milieu militaire où l’écart de salaire n’est que de 1 à 8, une prime de 30 à 50 000 euros par an apparaît comme un avantage exorbitant.

Il vous faut décidément en finir avec cette vision militaire étriquée d’un autre âge, entrer dans la modernité, et considérer les choses avec un œil « civil » : 50 000 euros, c’est ce que gagnait, par mois, la ministre de la Défense dans son précédent emploi au sein d’une SNCF en faillite. Quant à l’autre signataire du décret, M. Darmanin, il appartient à ce monde de Bercy où, selon des journalistes bien informés, 150 fonctionnaires auraient un salaire égal ou supérieur à celui du président de la République. Alors…

Alors, dans le civil, on a des gilets jaunes. Alors, dans les Armées, on comprend que le sujet soit « difficile à porter ». Et l’on comprend aussi qu’il faudra bien le faire.

Nous sommes, dit-on, dans un État de droit, et le décret qui vient d’être pris ne fait que rétablir un droit. Mais à un moment qu’en toute objectivité on est aussi en droit de considérer comme parfaitement inopportun. Alors que la société civile se fracture dangereusement, ne faut-il pas, plus que jamais, veiller à la cohésion de la société militaire ?

Les responsables militaires savent donc qu’il leur faudra prendre la parole, expliquer, trouver les mots justes, pour éviter malentendus, soupçons, faux procès, manipulations. Habitués au mutisme, ils savent ce qu’il cache : « les vérités que l’on tait deviennent vénéneuses ». Ils
devront s’employer à faire vivre cette belle invocation extraite du dernier ordre du jour du CEMA : « L’autorité se conjugue, les responsabilités se complètent. Trempée à l’épreuve du combat, cette cohésion qui fait la force d’une Armée devient fraternité ».

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6 thoughts on “Article du Général Bernard Messana

  • Le Ouèbemaître
    9 décembre 2018 à 20 h 52 min
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    Pour ceux qui recevront cette « PRIME SPÉCIFIQUE DE HAUTE RESPONSABILITÉ ». et qui seraient “gênés”, je leur propose d’en reverser la totalité aux associations caritatives, militaires ou civiles qui vont en avoir dramatiquement besoin. Au moins elle aura une plus grande efficacité que de la refuser.

    Il leur en restera quand-même le tiers en déduction fiscale l’année suivante.

  • Jean-Claude LUCAS
    9 décembre 2018 à 19 h 10 min
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    Allons! allons!

    Je ne goûte pas totalement cet article : Comment peut-on parler d’un droit rétabli dont il faudrait impérativement bénéficier:”…Il faudra bien le faire…”?

    Si l’aspect des choses brule tant que cela les 61 bénéficiaires, il me semble qu’ils sont au bon niveau pour le faire savoir et le refuser. Pour ce faire, il ne leur est pas nécessaire d’endosser un gilet…

    Faudra-t-il être surpris qu’il n’en soit rien? A croire, que j’aurais dû soutenir les gilets jaunes, même, au delà du raisonnable. Tout en la refusant, j’en viens à comprendre leur violence.

    Il me semblait que nous étions entré dans l’armée pour bien des choses, mais pas pour la rémunération. Rappelons  le tout de même!

    Après l’honneur,  le désintéressement venait en tête de nos valeurs et devant un morceau de fromage, nos chefs iraient jusqu’à révoquer les leurs en échange de celles des gens de la finance?

    Non, dites-moi que c’est un “hoax”!

  • Yves LEFEVRE
    9 décembre 2018 à 18 h 35 min
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    Désolé de te contredire , mon cher Manfred ,et je t’invite à lire le decret du 8 novembre et l’arreté du 8 novembre pris en application du decret  ( voir legifrance).Le Cema peut toucher 50.000 euros majoré de 15% de prime fonctionnelle plus 31.500 euros de prime variable  le tout au maximum selon le bon vouloir d’un comité ad hoc qui décide du montant dans les limites définies par l’arrété du 8 novembre . Quand je dis que tout s’achéte ? ……….

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    9 décembre 2018 à 16 h 23 min
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       Le chef d’état major des armées, pourrait toucher une prime de 50000 euros par an, dont 31500 euros de part variable. Pour les chefs d’état major ( Terre, Air, Marine), le major général des armées, le chef de l’état major particulier du PR et le chef du contrôle général des armées,  la prime maximale s’élève à 43000 euros, dont 23000 euros de part variable. Au total 61 officiers généraux sont concernés par cette indemnité spécifique … Ce décret passera mal dans l’institution militaire et une coupure assortie à un manque de confiance va naître inévitablement . Ce décret s’inscrit de plus dans un contexte des plus calamiteux au plan social. Par ailleurs il paraît hors sol quand on sait que le budget des armées vient d’être amputé de près de 800 millions d’euros pour le financement des Opex et Opint ! Tout cela ressemble à un très mauvais gag. Inévitablement le gouvernement va se faire accuser d’acheter le silence des officiers généraux sur l’encoche budgétaire en question. De plus, il est mentionné que ces montants alloués, seront révisés périodiquement, par un Comité ministériel de rémunération. Le béotien que je suis en déduit donc que seuls “les bons élèves” qui suivront à l’avenir la ligne du parti et s’écraseront devant les oukases de Bercy seront récompensés … Quant à la “base” qui se débat dans les problème de paiements des soldes ,avec le catastrophique système Louvois (abandonné certes maintenant avec ses conséquences financières à la clef) elle risque de grogner et penser au syndicalisme pour le futur. Nous avons hérités là d’un joli “pot de pus”. Diviser pour régner dit le dicton ?

    On y est en plein dedans !!!

  • Yves LEFEVRE
    9 décembre 2018 à 13 h 07 min
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    J’ai lu le decret du 8 Novembre 2018 portant creation d’une indemnité de haute responsabilité et son arreté d’aplication du 10 Novembre . 61 génèraux pourront en bénèficier .Ces 61 génèraux sont répartis en 5 groupes plus 2 hors groupes . Ces génèraux selon leurs groupes pourront bénèficier d’une prime fonctionnelle annuelle entre 32000 euros et 50000 euros . Pour les hors groupe 2 cette prime sera majorée de 10% et pour le hors groupe 1 (cema) la majoration est de 15% . A cette prime s’ajoute une prime variable entre 7500euros et 31500 euros plus 10 et 15% pour les hors groupes 1 et 2 . Le montant de cette prime est laissée au bon vouloir d’une commission de notation ad hoc . Conclusions  1- le génèral de Villiers est parti trop tôt  2-Il est fort Macron pour acheter le silence de la grande muette

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