Enfant de troupe, une vocation?

Nous étions sans discontinuer depuis maintenant dix mois à Saint- Launeuc lorsqu’au mois de juin 1951 nous apprîmes ma sœur et moi, que la vie hors vacances à Saint-Launeuc touchait à son terme et que la maison où nous habitions redevenait la maisonnette des jours d’été. Le 5 juin de cette année là, mon père venait de signer un engagement de deux ans au titre du 41ième Régiment d’Infanterie. Après les bombardements de Falaise, un bref passage à Metz puis Paris, l’huile de foie de morues de Saint-Malo, les œufs gobés frais tous les matins de Saint-Launeuc, « Tous chauds, tous bouillants, sortant du c… du marchand » comme disait ma Grand-mère, que nous réservait notre nouvelle vie à vingt huit kilomètres de Rennes : à Saint Aubin du Cormier ?
L’année scolaire terminée, les vacances, se déroulaient de façon paisible, seule Maman était avec nous, Papa ayant repris l’uniforme. Petit à petit nous tentions de glaner quelques données sur notre vie future. Nous allions vivre dans un camp en pleine campagne, le premier village se trouverait à trois kilomètres et demi. Nous serions les seuls enfants sur place. Nous étudierions à l’école libre, la seule possédant une cantine. La détention d’une bicyclette, pour se rendre à l’école et au bourg à l’occasion, serait indispensable. C’est ainsi que nos parents se mirent en quête de vélos d’occasion. J’héritai pour une somme modique de l’ancien vélo de Claude, fils de Marie Marchand et Paul Robert le charron. Pour un petit vélo, il me paraissait bien grand, ou étais-je petit ? Je vous le demande ? Mon père, jamais à court d’imagination ni d’adresse, y installa, à demeure, des cales en bois sur les pédales. Les cales faisaient bien six centimètres de part et d’autre des pédales pour respecter l’équilibre de ces dernières. J’allais faire du vélo à échasses ! Je n’avais jamais appris faute de matériel à ma taille à rouler à bicyclette… Aidé pour monter, suivi en ligne droite, aidé pour descendre, tout allait pour le mieux. Simplement, la difficulté consistait à prendre de l’élan, sauter sur la machine, trouver la deuxième pédale cachée sous sa cale, son équilibre, puis le mien ! Enfin retrouver mon calme avant l’épreuve suivante. Et quelle épreuve ! Bien entendu, même en reposant à califourchon sur le cadre, mes pieds ne touchaient pas le sol (voyez l’image…) ; dans ces conditions, comment s’arrêter ? Deux solutions : me laisser choir sur le coté, ce qui fut retenu dans un premier temps faute de mieux… Apprendre, debout sur mon « échasse » de gauche, à passer le pied droit par derrière la selle et sauter sur le côté gauche tout en conservant mon équilibre et celui du Vélo…Ceci étant, somme toute moins douloureux, fut retenu… mais pour le moyen terme.
Fin Août, nous fîmes nos adieux à nos amis, à nos Grands- parents et sautâmes dans l’inconnu, sachant cependant que quoi qu’il arrivât, nous disposerions d’un gîte de recueil.

« Changement d’herbage réjouit les veaux, » voila bien encore un des adages préférés de ma Grand-mère qui seyait parfaitement à la situation. C’est avec enthousiasme et gaîté que nous arrivâmes au camp de la Lande d’Ouée, curieux de découvrir notre nouveau domaine. Le camp en lui-même, rapporté à la taille de mes petites jambes devenait un continent à conquérir et là encore, merveille des merveilles, il était dans le prolongement d’un grand étang et adossé à une immense forêt. Mon Père était désigné chef du détachement de garde du camp. Il disposait, pour ce faire et assurer l’entretien, d’une section de trente ou quarante, hommes et d’un adjudant du génie, casernier, et de son escouade. Sur la demande du Chef de corps à la Région, pour l’obtention d’un logement, le Chef de Bataillon, Directeur des travaux du Génie répondit : « Le logement destiné au commandant du camp, vient d’être aménagé par la main d’œuvre militaire avec des matériaux fournis par le service du Génie, dans l’ancien pavillon de Commandement, situé au sud du mess des Officiers et à quelques mètres de ce denier…Je crois préférable tant au point de vue militaire que social… de loger le chef de détachement avec sa famille dans le pavillon récemment aménagé. ». Il avait dû lire Lyautey ! Le 30 juillet 1951 une note de service émanent du Lieutenant Colonel C. commandant le 41 RI affectait le pavillon en question à l’Adjudant Lucas et sa famille. Le pavillon se situait dans une suite de trois bâtiments de même types. Le plus au nord, à l’entrée du camp, face à la Forêt domaniale de Saint Aubin, était ce qu’on appelait alors le poste de police, l’endroit où se tenait nuit et jour la garde. Il jouxtait le parc à munitions. En remontant vers le sud à environ cinquante mètres se trouvait le mess des Officiers, rarement activé, sauf en période de manœuvre. Enfin, une trentaine de mètres plus loin se situait notre nouvelle maison. petite, basse, la maison faisait face comme les trois autres à un superbe parc dans les pins. Des allées profondes recouvertes de gravillons découpaient l’espace en massifs de formes géométriques ornés de feuillus et de buissons de rhododendrons sauvages. C’était presque trop beau mais… c’était l’été. La maison elle-même comportait quatre pièces. Je ne décrirai que la chambre que je devais partager avec ma sœur; net progrès cependant par rapport à Saint-Launeuc : nous ne partagions plus notre lit. La pièce était meublée, d’une table de travail, de deux ensembles mobiliers complets, dits : « Sous-officiers de carrière » comprenant chacun un lit, une table de nuit, une armoire en chêne massif clair, décorée de moulures foncées. Les lits étaient recouverts de dessus verts olive bordés d’un galon vert plus foncé. (Ce mobilier meublait encore les chambres des sous-officiers dans les années 75) L’ensemble ne manquait ni de classe ni de confort. Un plancher de chêne recouvrait toute la surface de la maison et Maman eut tôt fait de le rendre luisant et de nous imposer des patins gansés, taillés, devinez ? : Dans une vielle capote! Nous ne savions pas combien de temps nous allions vivre là, mais l’engagement de mon père courait sur deux ans.
Arrivés fin Août, il faisait un temps splendide. Les travaux d’entretien allaient bon train dans le camp. Un agriculteur avait obtenu de couper avec retard l’herbe qui recouvrait le stade, de grosses meules de foin le recouvraient. Alors qu’un soir Christiane mon Père et moi y jouions à cache-cache, un grand garçon : Guy Martin, que sa mère avait envoyé pour nous saluer, apparut. Il devait avoir 17 ans, était en vacances chez sa mère qui habitait à huit cents mètres environ. Après le jeu, je le revois passant par la fenêtre venir dans notre chambre, nous donner un coup de main afin de finir nos cahiers de vacances avant la rentrée. Il proposa à Christiane de lui dessiner un coq dans l’espace réservé à cet effet sur son cahier. Le gallinacé avait de l’allure. Guy était enfant de troupe à Billom et se destinait à une carrière d’Officier. C’est ainsi que je découvris les écoles militaires préparatoires. Non seulement ma vocation en ressortait renforcée mais je venais de découvrir le chemin pour y parvenir et de me faire un ami. Papa avait fait connaissance de Madame Martin le mois précédent. Veuve depuis une quinzaine d’année elle tenait un petit café, sur le site de Moroval au coin nord est du camp, à la sortie de la forêt. Elle était venue rencontrer le Commandant du camp pour se plaindre d’un surnom que lui donnaient les soldats, ce qu’elle venait de découvrir. Mon Père tenta de la réconforter en lui disant que toutes les patronnes de café en bordure de terrains militaires étaient logées à la même enseigne et étaient donc appelées : « La mère casse b… Sans aucune autre connotation que celle d’être intraitable dans la discipline à l’intérieur de son établissement ». Ceci ne sembla pas la calmer ni la réconforter, aussi mon Père lui demanda comment s’appelait son café… Après un silence gêné elle déclara qu’il n’avait pas de nom. Et mon Père de lui répondre : « Ne soyez donc pas surprise et trouvez un nom à votre bar, ainsi les soldats au lieu de dire, on va chez la…. pourrons dire par exemple : qui vient avec moi boire un coup au café de la forêt ? » De ce jour l’établissement devint « Le Café de la Forêt » L’histoire ne dit pas si ce nom… fit oublier l’autre.
La date de la rentrée approchait, mes progrès à bicyclette étaient certains quoi que toujours entravés par la hauteur du cadre. Un jour que Christiane m’accompagnait pour me familiariser davantage avec ma monture, roulant sur le milieu de la route peu passagère bordant le coté ouest du camp, nous fûmes mis en garde par le coup d’avertisseur brutal d’un rare automobiliste qui souhaitait nous doubler sans danger. La surprise fut totale, la panique également et les réactions étonnantes : Christiane freina des mains au guidon et des pieds sur le sol, traversant la route de droite à gauche devant la voiture pour stopper sur l’accotement gauche. Pour ma part un coup de frein violent, m’aurait sans doute immobilisé en déséquilibre instable au sommet de la machine : livrant ma chute certaine : soit devant la voiture, soit au hasard, en fonction de l’instant ou de la force du vent… Je décidai instinctivement de revenir aux antiennes bien assimilées, en freinant modérément et me vomissant dans le fossé de droite. Le conducteur de la voiture, affolé, vint me porter secours. Rassuré de me voir en bon état, il entendit nos explications sur mes débuts rien moins que prometteurs… Il sourit, me félicita de mon choix audacieux de rester à droite et fit le reproche à ma sœur d’avoir eu un comportement suicidaire. Au final, parti honteux et battu d’avoir chuté, je remontai dans mon estime, comparé à l’imprudente qui elle pourtant, avait su maîtriser sa bicyclette. Il ne me restait plus grand temps avant la rentrée pour dompter ma vicieuse cavale. Finalement c’est dans le parc, devant la maison, en utilisant la forte dénivelée des massifs par rapport aux allées, que je parvins à prendre confiance et contrôler mes arrêts. L’utile en voie de règlement, il convenait de se tourner vers l’agréable.
Il devenait urgent d’entreprendre l’exploration de mon domaine. Je décidai de commencer par la partie qui me paraissait la plus sauvage. J’évitai l’est où se trouvaient les cuisines, l’écurie, les ateliers et les soues à cochons. Je ne souhaitai pas non plus m’aventurer au sud vers le camp bâti : poste de Commandement, logements de la troupe, magasins, foyer, etc. Conservant l’exploration de la forêt pour plus tard, je me lançai à la conquête de mon royaume en chevauchant, comme par hasard : vers l’Ouest…sauvage. Monté sur un cheval invisible mais fougueux, armé d’une épée, réduite à une simple mais solide branche de houx, je me contentai, tout d’abord d’une prudente découverte, puis m’enhardissant, j’eus tôt fait de me livrer à un assaut puis une mêlée furieuse contre un ennemi dont le nombre risquait à chaque instant de me submerger. Je tranchai la tête de toutes ces herbes folles qui prétendaient me freiner, comme Geronimo à la tête des guerriers de sa tribu eut pu le faire. Je finis par en venir temporairement à bout. Combien d’heures dura la conquête, je ne puis le dire, mais au soir il fallut se rendre à l’évidence, le territoire était vaste, le combat serait long et difficile, la fatigue m’accablait. Toutefois le courage restait dans mon camp, cet empire serait le mien, et ma gloire… éternelle.
Le jour fatidique arriva. Levé tôt, débarbouillé, revêtu des habits de lumière de la rentrée, déjeuner avalé, embrassades échangées, Christiane et moi, chevauchant nos bicyclettes, partîmes pour le périple qui devait nous conduire à l’école libre de Saint-Aubin du Cormier. Le trajet n’était pas compliqué, départ de la maison, passage devant le poste de police, échange de quelques mots avec le chef de poste et la sentinelle, direction plein est, sortie le la forêt, passage devant le café du même nom, salut de la main à madame Martin dans son jardin. De là, nous piquions vers le carrefour avec la route Sens de Bretagne Saint-Aubin, marqué aujourd’hui par le Monument de la Rencontre, à la mémoire des Bretons et de leurs alliés tombés sous les coups de l’armée royale française en 1488. A l’entrée de Saint-Aubin, une fois sur deux nous étions arrêtés par un ouvrier brandissant un drapeau rouge et devions attendre une explosion tonitruante, venant de l’exploitation d’une carrière bordant la route Elle précédait une pluie de caillasses à quelques mètres de nous. Le plus difficile était fait, nous entrions dans le village en traversant la RN 12 pour plonger, par la rue de l’Ecu vers la place de l’église et remonter jusqu’au Bourg au loup par la rue de la Garenne. J’étais alors arrivé dans mon école, tandis qu’il restait deux cents mètres à parcourir pour Christiane.
Je rangeai mon vélo comme indiqué lors de la reconnaissance dans l’appentis jouxtant le bâtiment principal et attendis dans la cours, seul, au milieu d’inconnus et face à beaucoup d’inconnues… Le directeur de l’école, l’abbé Chesnais, en soutane bien entendu à cette époque, sortit de la bâtisse en frappant des mains, Tous les garçons firent silence. Commença alors l’appel des noms, chacun se rangeant dans la file qui lui était désignée. Je me retrouvai dans la classe du directeur. Cette classe semblait immense.Elle regroupait les deux cours moyens, répartis de chaque côté d’une allée centrale où trônait le Poêle à bois. Debout derrière notre double table à laquelle était attaché le banc nous récitâmes un « Je vous salue Marie » avant d’être invités à nous asseoir. Bien évidemment il fallut analyser la phrase du jour, je mentirais si je vous la citais de mémoire, il y en eut tant en deux ans. Il nous fut demandé de remettre nos cahiers de vacances, avant que ne commence le premier cours. Des cours et de leur contenu, je ne me souviens guère. Arriva la première récréation, les premiers contacts, Le milieu était majoritairement agricole, mais en partie rééquilibré par des origines tertiaires. On n’y parlait moins le patois qu’à Saint-Launeuc. A midi, avec quelques camarades qui n’habitaient pas le bourg, je rejoignis l’école des filles, éloignée de deux cents mètres, pour déjeuner. Là encore les garçons n’étaient pas mêlés aux filles : tri sélectif de rigueur ! Servis par des bonnes sœurs, ce premier repas fut rapidement pris. Nous retournâmes immédiatement dans la cour de notre école pour engager une partie de football. A égalité de buts, mon équipe remporta la victoire au nombre de corners… Les cours reprirent à quatorze heures. De récréations en reprises de travail, arriva dix huit heures. Je retrouvai Christiane comme prévu devant la porte de mon école, pour le trajet retour par l’itinéraire inverse, sans oublier l’arrêt quasi systématique avant la carrière; à croire que nous avions les mêmes horaires ! Le Parcours, sans stress, par beau temps mi septembre, était un vrai plaisir ; nous musardions, profitant de la nature avec laquelle nous avions depuis toujours des liens extrêmement privilégiés. Nous avions le temps de nous faire part de nos premières impressions, puis dans les jours à venir de nous raconter nos craintes et nos espoirs.
Notre vie s’organise maintenant paisiblement. Le trajet pour l’école, sauf averses, est plaisant. C’est un moment de détente privilégié avant la reprise du travail scolaire une fois arrivé à l’école ou à la maison. De plus les résultats sont immédiatement encourageants puisque dans les premiers jours je reçois le premier prix pour le cahier de vacances. Il faudra que je pense à remercier Guy pour les… quelques corrections. D’autre part d’une façon générale je me sens tout à fait à niveau dans cette classe, ce qui balaie les inquiétudes de mes parents après le passage à Saint- Launeuc dans une classe à trois sections. Ceci me rassure aussi sur mes chances futures de réussite au concours d’entrées des écoles militaires. Je me fais rapidement des copains et en particulier Laurent Morino. Son père est entrepreneur à Saint- Aubin, Il a deux frères plus grands : Pierrot et Jacky et ils habitent une très grande maison à la sortie de la ville, dans la rue du général Leclerc, près de la route de Rennes. Laurent a mon âge, ma taille et ma corpulence, notre différence : il est roux quand je suis châtain. Il est vif, brillant intellectuellement, déjà un peu cultivé, je sais qu’il lit beaucoup. Il est aussi abonné à plusieurs bandes dessinées, sa préférée est le “Petit Reporter”. De mon coté je lis également, mais surtout des aventures : en particulier la vie de mes héros du moment De Lattre, Leclerc mais aussi celles des grands chefs indiens, dont j’admire la résistance et le dévouement à leur peuple : les Apaches Geronimo, Cochise de la tribu des Chiricahuas, les Sioux, Sitting bull ou Little horse. Je suis également abonné à une BD : ” l’Intrépide”. Il a bien été mentionné à mes parents que cette lecture ne convenait pas à un enfant de l’école libre. Une littérature catholique est recommandée du genre : ” Fripounet et Marisette.” Heureusement, mes parents jugeant mon hebdomadaire de qualité n’en tiennent pas compte. Avec Laurent nous devenons inséparables. Nous sommes concurrents en classe, nous affrontant tous les mois pour la première place. Nous sommes concurrents pour être meneur dans la cour de récréation. Laurent, hyperactif, orgueilleux, intrépide et bagarreur veut sans cesse se mesurer pour pouvoir dominer. Actif également, fier et courageux, teigneux au combat, je n’ai cependant pas le goût de la bagarre, aussi passe-t-il son temps à me provoquer et à vouloir me faire me mesurer aux adversaires qui force son respect. Il faut de temps à autres en venir aux mains et faire le spectacle, ce que je déteste, mais assure avec honneur et si possible efficacité pour marquer également mon territoire. Maman n’apprécie pas les points de couture qu’il faut alors effectuer ! Nous avons réciproquement, un grand respect et beaucoup d’estime l’un pour l’autre. J’admire sa soif de connaissances et sa volonté de réussir pour faire comme son héro de BD un grand reporter. Il reconnaît, mes qualités et ma volonté de servir la France à l’instar de mes héros, que sont Leclerc et de Lattre de Tassigny, dont même l’Intrépide vient de relater l’histoire. Ce qui nous sépare : sa volonté de se mesurer physiquement, pour savoir où il en est, ma certitude de ne pas avoir besoin de le faire, ayant acquis la conviction d’être à ma juste place. Je n’ai rien à prouver, surtout après l’épisode de début d’année qui bien entendu a quelque peu transpiré : je vais y venir… L’année scolaire se passe pour le mieux, la première place m’échappe une fois : au mois de novembre où je suis deuxième. En fin d’année je fais un carton plein avec le premier prix en : orthographe”?” rédaction, histoire, science, analyse, dessin, examens trimestriels, exactitude. Sans pavoiser, je suis fier de mes résultats ! Tout le monde n’apprécie pas et, au début, quelques grands, un peu attardés dans leurs études, tentent de me harceler au retour du repas. Aidé par ma taille et mon agilité, dans un premier temps je résiste brillamment par la fuite et l’esquive (Que vouliez vous qu’il fît ?). Mais sur la durée… Ils finissent par me bloquer et se vantent de me faire un tape cul. J’ignore ce que regroupe l’expression, mais les deux mots ne me plaisent pas et encore moins associés. Je deviens comme fou, hystérique et dans des hurlements effroyables des contorsions, insoupçonnables, je réussis à dégager une jambe, puis l’autre et frappe avec les pieds, l’étau se desserrant, ma tête, mes poings, mes genoux, tout devient armes par destination. Cette énergie du désespoir affole mes assaillants qui me prennent pour un dément et rompent le combat. Cela ne se reproduira pas, d’autant que je leur assure être assez malade pour les tuer à l’occasion… Rien que ça! Ma démonstration de furie paraissant ou étant incontrôlée les a convaincus. Je ne sais, de la peur, de la haine ou du réalisme, ce qui m’avait motivé à ce point, si je devais en avoir honte ou si je pouvais en être raisonnablement satisfait ? Une chose est certaine : mon fessier et mon honneur étaient indemnes. Il n’y eut plus jamais de tracasseries .

A suivre



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4 thoughts on “Enfant de troupe, une vocation?

  • Jean-Paul GALLERON
    21 décembre 2018 à 19 h 52 min
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    Quand je te lis je pense immédiatement à ma jeunesse dans les Cévennes. Ma classe était semblable à la tienne, avec un poêle au milieu, qui devait être mis en route par une corvée le matin. Nous n’avions pas de vélo, mais des pieds qui se mouillaient dans la neige, et qui glissaient sur la glace fabriquée la veille au soir en jetant de l’eau dans la cour.

    En revanche, pas de curé! l’instituteur était un communiste bon teint, mais un homme extraordinaire. La salle de cours unique contenait tous les niveaux jusqu’à la 6°. Comme j’étais bon élève, il me gardait le soir après les cours pour m’apprendre le latin. Si bien qu’en 6° j’avais un an d’avance de latin. Comme les garçons faisaient des études “modernes” (sans latin), je me suis trouvé en école de filles à Aubenas; j’étais le seul garçon et je rejoignais le collège de garçons le soir, moqué bien sûr par les autres.

    Je n’ai pas ta qualité littéraire pour narrer cela.

    Merci pour tes textes si intéressants, situés dans cette Bretagne que j’adore

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    19 décembre 2018 à 15 h 19 min
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    … une histoire bucolique où foisonnent des détails très précis émanant d’une mémoire sans faille. On a parfois l’impression d’en être tant les évènements relatés et les souvenirs compilés, peuvent être transposables sous d’autres cieux … hormis pour ce qui me concerne, les succès scolaires !!!  On attend la suite …vers les EMP’S ?

  • Jean-Jacques NOIROT
    18 décembre 2018 à 21 h 05 min
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    L’aventure du jeune Lucas, breton de fort caractère, s’engage bien.

    Un premier de la classe de surcroît courageux. Tout se met en place pour l’arrivée, bientôt, chez lez EMP’S.

    A suivre….et vite!

  • Jean-Luc MACÉ
    18 décembre 2018 à 16 h 54 min
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    Décidément il existe de vrais écrivains dans notre Promo…

    Bravo Jean-Claude! Il y a du Pagnol dans tes souvenirs d’enfance. C’est un vrai bonheur de te lire.

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