Homélie de la Messe d’enciellement du général Claude Carré

Prononcée par Frère Marie Angel, fils de Claude

J’ai une bonne nouvelle : Christ est ressuscité ! Et, J’ai une très bonne nouvelle : Papa est ressuscité avec lui. Si nous ne croyons pas cela, nous sommes, dit saint Paul les plus malheureux de tous les hommes !

Dieu nous a fait 50 années du don d’un père alors que certains ne connaissent pas le leur… 50 années d’actions de grâces pour la présence d’un homme à nos côtés, nous ayant enseigné ce que veut dire « être   juste ». 50 années d’époux pour vous maman, dans une union des cœurs aujourd’hui seulement transfigurée et non détruite.

« Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur père » dit l’évangile de saint Mathieu au chapitre 13. Vos témoignages ont été nombreux et ils nous ont conduit à choisir cet évangile. Claude était une icône de justice. St Thomas dit que la justice c’est la manifestation publique de la charité. C’est finalement bien pour ceux qui cherchaient parfois où pouvait bien se cacher sa charité !

Et Dieu a été juste avec papa. C’est pourquoi notre père est mort à 15h un vendredi : heure de la divine miséricorde. En quoi alors est ce juste ? Précisément car sainte Thérèse dit que « c’est parce que Dieu est juste qu’il est miséricordieux ». C’est parce que Dieu savait aussi les circonstances atténuantes que Dieu a fait justice à papa : en étant miséricordieux avec lui. La petite Thérèse a été présente par ses reliques dans la chambre de réanimation de l’hôpital nord de Nantes. Elle a assisté papa … dans son combat spirituel.

Cette justice, certains parmi vous l’ont exprimé dans l’homme d’honneur et de droiture que leur chef a été dans leur carrière militaire. Cette justice, je me souviens l’avoir entendu d’un officier qui devait être viré de l’armée, à qui papa avait dit « s’il y en a un qui doit sauter dans ce bahut ce sera moi, je suis votre chef, je vous protègerai ». Cet autre officier qui affirme timidement « je dois tout à votre père, il était un modèle de mon adolescence».

Papa a protégé des enfants de l’assistance publique, plus d’une quinzaine qui venaient à la maison. Il consentait au « oui » de l’accueil de la veuve et de l’orphelin. Plusieurs d’entre eux sont dans cette assistance. IL a aidé financièrement pendant des années des enfants souffrant de la blessure du divorce, perdus. L’un d’entre eux témoigne de lui « comme un père pour nous ». L’une d’entre ces enfants issue de la rue, qui est ici dans cette assemblée lui écrivait il y a quelques heures : « Mon papa de cœur tu t’en est allé…parti vers un paradis mystérieux. Un monde mystérieux sans douleur ni maladie ni souffrance. Aujourd’hui tu reposes en paix accompagné de l’amour des tiens. Je n’ai jamais pu te dire par pudeur à quel point tu comptais pour moi. Merci d’avoir été ce père de substitution digne et bon. Je t’aime et t’aimerai toujours. Ta fille de cœur. Caroline, enfant de l’assistance publique »

Enfin il m’écrivait « j’ai eu dans ma carrière à porter des prêtres laissés seuls devant des décisions mal expliquées et les concernant », il écrivait à un évêque « quel gâchis parfois que ces calomnies et diffamations…j’ai de la peine à pardonner les silences qui m’ont trop souvent scandalisé et je n’ose pas croire ceux qui affirment que le canard enchaîné se sert des meilleurs sources ». Pour finir d’être juste il disait malicieusement qu’il ne détournerait pas directement ou indirectement la vocation d’un de ses enfants, et nous rassurait en ajoutant qu’il n’avait jamais prié pour les vocations chez les enfants de mes voisins.

Papa part vers son éternité à une heure historique où, à la fois serviteur de la république française et serviteur du royaume du Christ par son baptême, jamais opposition entre les valeurs du royaume et celle de la république n’ont été aussi fracturées. Cette fracture est précisément ce travail de tuer la paternité.

Comme si Dieu lui épargnait à avoir à choisir entre Dieu et César. On crie des bancs de l’assemblée nationale, qu’un père n’est qu’une fonction symbolique ! Qu’un père n’existe pas mais seulement un donneur de gamète ! Suis-je entrain d’enterrer mon donneur de gamète ? Pire, que naitre sans père c’est une chance pour un enfant ! Je reçois ces paroles comme une blessure insupportable. Ces femmes et ces hommes répondront devant Dieu d’avoir bouleversé l’ordre naturel. Quant à ceux qui se taisent dans l’Eglise en particulier, ils répondront d’avoir les mains salies par le sang de ce péché structurel. 100 p 100 des enfants en difficultés dont je me suis occupé était blessés par l’indifférence paternelle. Et l’évangile nous dit : « les anges enlèveront du royaume ceux qui font tomber les autres » ( Math 13).

Sur ses camarades de promotion saint Cyrienne, Notre père écrivait «  la Promotion Serment de 14, si elle a eu une histoire, ne marquera pas l’histoire, tout le monde n’est pas un héros, tout le monde n’a pas la gloire et les honneurs mais chaque officier de la S14 a participé à l’œuvre commune de la défense de la patrie ». De même papa n’est pas forcement un héros mais il a laissé sa trace pour un monde ajusté à la sagesse divine.

Sa définition de l’éducation lors du colloque du bicentenaire au prytanée était calquée sur cette parole : « vous apprendrez tout ce que cette école exige que vous sachiez, mais si moi chef de corps j’accomplis ma tâche, vous apprendrez bien plus encore ». C’est ce qu’il appelait « le supplément ». « Je suis fier que l’on m’ait un jour confié cette responsabilité. Je suis heureux d’avoir pu rendre à cette maison qu’ils m’avaient apporté 30 ans auparavant. Je les remercie de ce qu’ils ont pu faire pour m’aider comme père de famille ».

Notre père a retrouvé son cher adjudant-chef Boudiaffe harki du 7ème bataillon de chasseurs alpins qui disait avoir tout reçu de papa, son cher colonel Gueguen avec qui maintenant il doit refaire des jeux olympiques au ciel, il a retrouvé ceux qu’il a fait grandir et qui sont parti un peu trop tôt.

C’est le Christ qui est venu chercher notre père. A une heure qui ne lui était peut-être pas si cachée que cela. Il me disait cet été au petit déjeuner : « le prochain que tu enterreras cet automne c’est moi ».

Christ est venu le chercher dans le désert de sa faiblesse, dans la nuit de son combat spirituel. Etonnement fort pour un chef dont les témoignages disent qu’il était une grande âme. Un homme juste mais tourmenté par ce combat de l’invisible. Au réveil de son accident en 1970, la première parole qu’il a posée au père Yannik Lalemand, aumônier du 7ème BCA : « Vais-je retrouver mon moignon à la résurrection de la chaire ? ».

Mais la mort était certainement la forme de guerre auquel il ne prêtait que peu de préparation sérieuse. Voila cher papa, tout est dit. Je crois que tout est pardonné, que rien n’est retenu contre vous. C’est là l’essentiel ! La nuit dernière, en fouinant dans ma bibliothèque du prieuré, je suis tombé sur cet écrit du patriarche Athénagoras. Foudroyé, j’ai eu l’impression que vous me parliez de vous-même. Et je crois que c’est exactement ce que vous vivez depuis ce 8 Novembre 2019 :

La guerre la plus dure c’est celle contre soi-même.
Il faut arriver à se désarmer.
J’ai mené cette guerre pendant des années, elle a été terrible.
Mais maintenant, je suis désarmé. Je n’ai plus peur de rien, car l’amour chasse la peur.
Je suis désarmé de la volonté d’avoir raison, de me justifier
en disqualifiant les autres.
Je ne suis plus sur mes gardes, jalousement crispé sur mes richesses.
J’accueille et je partage.
Je ne tiens pas particulièrement à mes idées, à mes projets.
Si l’on m’en présente de meilleurs, ou plutôt non pas meilleurs,
mais bons, j’accepte sans regrets.
J’ai renoncé au comparatif.
Ce qui est bon, vrai, réel, est toujours pour moi le meilleur.

C’est pourquoi je n’ai plus peur.
Quand on n’a plus rien, on n’a plus peur.

Si l’on se désarme, si l’on se dépossède, si l’on s’ouvre
au Dieu-Homme, qui fait toutes choses nouvelles, alors,
Lui, efface le mauvais passé et nous rend un temps neuf où tout est possible.

Patriarche Athénagoras

 



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One thought on “Homélie de la Messe d’enciellement du général Claude Carré

  • Gilbert COLOMBIE
    2 décembre 2019 à 10 h 24 min
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    “enciellement” le mot m’a pris au dépourvu .je me suis senti projeté dans un avenir (que j’espère lointain ….) et me suis retrouvé , ici , sur le site promo , lisant : faire part de ” l’enfermentation” (du mot enfer pas du vin …) de notre regretté petit co Gilbert Colombié .
    Ma déconvenue était double: dans ma situation il n’était plus possible de laisser un commentaire et je n’aime pas que l’on fasse mal aux mots .
    Souvenez vous , il n’y a pas si longtemps , on remplaçait les mots les uns par les autres : les soldats devenaient les hommes du rang , les bonnes des techniciennes de surface , les facteurs des préposés à la distribution du courrier… Aujourd’hui la mode est au remplacement des mots français par des mots anglais ou arabes .Vous n’aurez pas de mal à trouver des exemples…un tout de même. Les belles femmes deviennent des meufs sexy ,évidemment c’est plus cool . Tout cela est bien triste mais il y a plus grave :Nos mots n’ont plus de sens !
    Pas ceux du commun dont je fais malheureusement partie ,ceux de l’élite (Je précise :politiciens , journalistes ,philosophes, spécialistes des chaines TV en continu ) .Exemples :
    _”La France est en guerre” ? ça doit les faire marrer ceux de 14 et 40…
    _ ” l’enfer” des banlieues .C’est vrai, ils brulent les voitures mais pas les mécréants .Enfin pas encore …
    _”une vision à couper le souffle ” s’agissant des éoliennes sur la Manche, on se demande comment elles peuvent tourner ?
    _ etc , etc
    De tous les maux dont souffre la France celui de n’avoir plus de mots ,des bons ,pour s’exprimer n’est pas le moindre. Si les mots n’ont plus de sens quel sens donner aux idées ?

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