Obsèques de Bernard FASSIER, hommage à Manigod et à Viroflay

J’ai représenté la Serment de 14, en compagnie de Thierry CUENOT, aux obsèques de Bernard FASSIER le 18 avril à Manigod, à une trentaine de kilomètres d’Annecy.

L’épouse de Thierry a réalisé une vidéo de cette cérémonie, qui devrait être mise en ligne sur le site de la S 14.

Voici le texte de ma prise de parole, au nom de la Promo:

Mon cher Bernard,

C’est avec beaucoup d’émotion et infiniment de tristesse que je viens aujourd’hui te dire un dernier au revoir, au nom des camarades qui ont vécu, avec toi, trois étapes symboliques de ta vie d’homme, d’officier et de diplomate.

SAINT-CYR

La première de ces étapes débute le 1er septembre 1963, quand tu es admis, avec nos 280 camarades, à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr.

Les plus jeunes d’entre nous ont tout juste 19 ans.

Saint-Cyr, c’est l’École dans laquelle l’on s’engage pour porter les armes de la France, c’est l’École dans laquelle l’on s’engage pour défendre nos concitoyens, c’est l’École dans laquelle l’on s’engage en acceptant de donner un jour sa vie pour son pays, c’est l’École de nos rêves de jeunesse.

Ce sont toutes ces raisons que nous avons en tête et au cœur quant nous nous retrouvons élèves-officiers à Coëtquidan, le matin du 1er septembre 1963.

Quelques mois plus tard, nous choisissons comme nom de Promotion celui de Serment de 14, en souvenir d’officiers des promotions Montmirail et Croix du Drapeau qui firent, le 21 juillet 1914, le serment de monter à l’assaut en casoar et gants blancs.

Le 22 août 1914, le sous-lieutenant Alain de Fayolle met le casoar au képi et tombe à la tête de ses hommes à Névraumont en Belgique, suivi le même jour par le sous-lieutenant Allard-Meeus et 23 camarades de la Montmirail. Ils sont en tête de la longue liste des quelque 5 000 Saint-Cyriens tombés au cours de la Grande guerre.

Cinquante et une années plus tard, le 24 juillet 1965, major de la Serment de 14, tu portes fièrement le Drapeau de Saint-Cyr lors du Triomphe de notre Promotion sur le marchfeld de Coëtquidan.

Aujourd’hui, tu rejoins nos 63 camarades disparus depuis Yves Martre, le premier qui nous a quittés en 1969.

ÉCOLE DE GUERRE

La deuxième étape débute en septembre 1982 quand tu es admis à l’École de guerre. Nous y sommes tous deux dans le même groupe.

L’École de guerre, c’est l’école où l’on entre pour se préparer à exercer de hautes responsabilités dans notre carrière d’officier. Auparavant, tu t’es préparé, à Sciences Po et à l’étude de la langue russe, à tes futures fonctions d’ambassadeur de France quand tu auras quitté l’uniforme.

A l’École de guerre, nous sommes 4 rescapés de la Serment de 14. J’ai une pensée particulière pour l’un de nous quatre, Jean-Claude Lafourcade, qui traverse depuis plusieurs années une épreuve très difficile.

LÉGION D’HONNEUR

La troisième étape est celle qui relie tous ceux qui sont décorés du premier Ordre national, la Légion d’honneur, dont tu as reçu la Croix d’officier en 2007, et qui se regroupent dans la Société des membres de la Légion d’honneur que je représente ici.

Tous les décorés de la Légion d’honneur peuvent être légitimement fiers du ruban rouge qu’ils portent sur la poitrine. Cet insigne est la marque d’une vie consacrée au «service» de notre pays.

Mais ces décorés savent aussi, tout au fond de leur cœur, que cette décoration, ils ne l’ont pas acquise tout seuls.

Quels que soient leurs «mérites», aucun n’a acquis ce ruban tout seul.

Un grand chirurgien, un capitaine d’industrie, un prix Nobel, un directeur de grande école, un général ou un professeur émérite, pour ne citer que ces quelques exemples, ont tous été entourés au cours de leur carrière par des médecins, des infirmières, des ingénieurs, des techniciens, des ouvriers, des chercheurs, des professeurs, des secrétaires, des sous-officiers, des soldats…

Nombre de ces décorés ont eu souvent une épouse qui «tenait la base arrière» pendant qu’ils accomplissaient leur parcours…

C’est pourquoi je voudrais terminer ces quelques mots en rendant hommage à Blandine, ton épouse, qui a été pour toi cette «base arrière» sur laquelle tu as pu bâtir ton exceptionnel parcours.

Blandine, votre fils Damien nous a demandé de partager votre peine et votre joie du rappel à Dieu de votre époux. Tous les Saint-Cyriens de la Serment de 14 disent aujourd’hui à Bernard: «Au revoir, et à Dieu».

Extrait de l’hommagedans le cimetière de Manigod

Intervention du Général d’Armée Jean-René Bachelet de la Camerone

Cher Bernard,

Les 23 et 24 mars derniers, voici moins d’un mois, tu participais, comme tu le fais chaque année, aux cérémonies anniversaire des combats des Glières.

A l’église de Thônes, le samedi soir, nous étions côte à côte, pour vivre dans un même recueillement la messe célébrée par le père Brêches, qui était aussi celle des Rameaux.

Le lendemain matin, à la nécropole de Morette, tu communiais à notre liturgie laïque, comme toujours riche de sens et d’émotion, à l’unisson avec les chasseurs du 27e BCA et la centaine d’enfants des écoles entonnant le Chant des Partisans et la Marseillaise.

Tu avais pour finir partagé notre repas à la salle des fêtes de Thônes, dans la joie d’être ensemble et dans l’amitié, autour de Rose-Marie Antoine, directrice nationale de l’ONAC, qui présidait ces cérémonies, des élus, du chef de corps du 27e BCA et de ceux qui portent la mémoire des Glières.

Comme à chaque fois en ces circonstances, tes commensaux avaient été charmés par ton affabilité, ta souriante simplicité et ton écoute attentive, sans toutefois toujours mesurer l’exceptionnel parcours qui avait été le tien.

Comment alors aurions-nous pu imaginer que notre au revoir allait être un adieu ?

Car, enfin, ce jour de l’été 1966 où tu avais rejoint le 27e BCA pour ta première affectation au terme de ta formation de Saint-Cyrien et de fantassin, c’est si proche dans nos mémoires.

Se peut-il que tu nous aies déjà quittés ?

Tes camarades lieutenants de l’époque, qui sont là, au premier rang desquels notre président d’alors, Pierre Brossollet, n’ont pas oublié l’événement : le 27 avait été choisi par le major de la promotion sortante de Saint-Cyr de l’époque ! Ce n’était pas banal, et plutôt flatteur pour le bataillon.

Ce major, c’était toi.

Autant dire que tu étais attendu. Sans doute avec curiosité, mais aussi sans indulgence.

Or, je peux en témoigner, moi ton ancien qui allait te côtoyer deux ans durant à la deuxième compagnie : tu n’allais pas décevoir.

Ton métier de chef de section, tu allais le vivre comme un sacerdoce, avec une générosité sans pareille. Avec tes appelés – c’était le temps de la conscription – tu avais manifestement le sentiment d’avoir charge d’âmes. Exigeant avec eux, tu l’étais plus encore pour toi-même, et la rude école de la montagne était pour cela un cadre à ta mesure.

Oui, Bernard, tu as été un beau lieutenant de chasseurs alpins.

Il faut que ces années-là, auxquelles allaient s’ajouter tes deux années de commandement de capitaine à la tête de la compagnie d’Uriage du 6e BCA, aient été d’une densité particulière pour qu’elles aient pu t’inspirer la fidélité indéfectible que tu allais manifester jusqu’à ton dernier jour, aux troupes alpines en général et au 27e BCA en particulier.

Or, ta carrière allait prendre un tour singulier.

Au sortir de l’Ecole de Guerre, la voie était pour toi toute tracée, et c’était celle des étoiles, la seule question étant de savoir de combien de ces étoiles seraient ornées tes manches.

Et voilà que tu quittais la Défense pour le Quai d’Orsay.

Je me souviens de ce jour, à Paris, où tu m’avais confié les raisons de ta décision. Elles m’avaient semblé parfaitement honorables : ta vocation restait bien le service de la France. Mais le choix m’avait paru risqué…

C’est dire si, quand la République allait faire de toi un ambassadeur de France, ce n’était pas écrit au jour de ce choix.

C’est dire encore si les prestigieuses fonctions qui t’ont alors été confiées, en Géorgie, en Belarus ou dans des missions délicates en Azerbaïdjan et en Bosnie-Herzégovine doivent tout à ton seul mérite.

C’est dire enfin si tu as alors fait honneur à une armée de terre à laquelle tu étais resté profondément attaché.

Honneur aussi aux troupes de montagne et au 27e BCA dont tu n’as cessé de te réclamer.

Tu avais gardé un lien physique avec cette terre de Haute-Savoie où tu avais fait tes premières armes au bataillon des Glières : tu avais à Manigod ta thébaïde, dans cette haute vallée où, en des temps tragiques, s’était constitué le maquis qui allait devenir la matrice des Glières.

L’âge de la retraite venu, ainsi, sans doute as-tu vécu pour une part un retour aux sources.

Tu nous avais rejoint à l’Association des Glières.

Tu ne manquais pas les événements marquants jalonnant la vie du 27.

Tout cela, sans vaine nostalgie, mais avec le sentiment d’entretenir une flamme, celle d’une certaine idée de la France qui avait nourri ta vocation.

Ta présence était toute de discrétion, d’humilité, de cette générosité qui m’avait si fortement impressionné voici plus d’un demi-siècle, quand tu n’étais encore qu’en devenir.

Nous nous réjouissions à l’idée que tu pourrais venir t’établir plus durablement à Manigod et ce d’autant plus que ce serait avec Blandine, celle-là même qui était ta jeune épouse, digne de son jeune mari, à votre arrivée en 1966.

Le destin ne l’aura pas voulu.

En tous cas pas comme nous nous plaisions à l’imaginer, même si c’est en cette terre de Manigod où tu as choisi d’être enterré auprès de ton fils Bertrand..

Le moment est venu de te dire adieu, cher Bernard.

Ton souvenir restera vivant dans nos âmes et dans nos cœurs comme celui de l’un des meilleurs parmi nos frères d’armes. Notre estime, notre admiration et notre reconnaissance pour ton parcours d’exception, notre amitié fraternelle te sont acquises, à jamais.

Tu es parti au lendemain de Pâques, en premier de cordée sur la voie du renouveau. Tu nous en laisses l’espérance.

La famille, ne s’y est pas trompée, elle qui nous a conviés à partager sa peine mais aussi la joie du rappel à Dieu de Bernard.

Oui, chère Blandine et vous, enfants et petits-enfants héritiers d’un père d’exception, cette peine et cette joie, nous les partageons, fraternellement, dans l’espérance.

Manigod, le 18 avril 2018

Général d’armée (2e Son) Jean-René Bachelet

au nom de l’armée de terre, des troupes de montagne et du 27e BCA

De Claude CARRE

VIROFLAY le 5 mai 2018

Cérémonie d’adieu en mémoire de Bernard Fassier

Nous étions 7 de la S14, à la « messe d’adieu » célébrée le 5 mai en l’église de Viroflay : Costedoat, Jardin, de Vanssay, Philippe, Fernier, Jacob, Carré et leurs épouses. La promotion de Gaulle, que Fassier avait encadrée, était bien représentée.

Cette messe fut célébrée par les pères jésuites, Deverre et Gillibert, amis des Fassier. Dans son homélie, ce dernier tint à rappeler l’attachement de Bernard à Viroflay, à cette église et à la maison de famille où il était arrivé très jeune et dans laquelle avaient été élevés ses enfants.

A la fin de la cérémonie à laquelle la famille a tenu a donné un caractère d’espérance et de joie, Blandine, entourée de ses trois fils et de sa fille, bien que contrainte à s’exprimer dans un fauteuil roulant suite à une récente mauvaise chute, a lu un court message :

« Vous l’avez rencontré »

« De la maison d’ici à la demeure d’En Haut…quel long parcours !

J’ai vu Bernard devenir progressivement négociateur de paix, cherchant, jusqu’à l’épuisement à mettre en lumière le beau, le bien, le vrai dont chacun était porteur. Faire jouer entre elle toutes les couleurs de la diversité humaine, dans l’intérêt de tous. Il mettait toutes ses forces dans cette dynamique de la vie.

Un jour vos routes se sont croisées, quelques instants ou longuement, et vous en avez été marqués. Ce que nous avons aimé de lui, c’est à nous de le faire vivre aujourd’hui, chacun à sa manière, avec ses dons propres.

Et les liens entre nous n’en seront que plus forts »

Ecoutant Blandine, je me souvenais, comme peut-être mon voisin à l’église, Pierre Jacques Costedoat, de cette scène qui symbolise bien, à mes yeux, le tracé particulier de la carrière de Bernard.

Costedoat, commandant alors l’Ecole, en 1996, jeune ambassadeur en Géorgie, Bernard avait tenu à amener à Coetquidan le nouveau chef de l’Etat géorgien Chevarnadze, qu’il avait autrefois cotoyé à Moscou alors que ce dernier était ministre des Affaires Etrangères d’URSS, afin de lui montrer, au musée du Souvenir, la place que les saint-cyriens réservaient toujours au lieutenant – colonel Amilakvarik, le « prince géorgien », héros de Bir Hakeim dont le nom fut donné à une promotion !

Bernard était assez « fier » de son coup ! Surtout qu’une photo du jeune saint cyrien Bernard Fassier en conversation avec le Général de Gaulle lors de son passage à l’Ecole en 1965, avait opportunément été glissée sous les yeux du visiteur !



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2 thoughts on “Obsèques de Bernard FASSIER, hommage à Manigod et à Viroflay

  • Jean-Jacques NOIROT
    20 avril 2018 à 8 h 36 min
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    Merci Jacques.

    Dans ton paragraphe (aucun n’a acquis son ruban tout seul) tu me remets en mémoire le colonel Bramoullé, chef de corps du 3ème REI, qui, apprenant qu’il allait recevoir la cravate, a fondu en larmes après avoir dit:”Je pense à tous ces légionnaires qui…”  Il n’a pas pu terminer sa phrase.

    Tu as dit l’essentiel, sans doute as tu été très ému, comme nous l’aurions tous été.

  • Michel (Manfred) BAURE
    19 avril 2018 à 21 h 33 min
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    … l’essentiel est dit avec sobriété et précisions. Merci pour ce témoignage et ce compte- rendu !

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