Que fais-je de ma retraite ?… une réponse de Raymond BAUDOUIN

En effet, depuis 2011, je suis en retraite de ma profession libérale de « consultant en organisation » que j’ai exercée pendant une vingtaine d’années. Peu avant, en 2002, le « 2 décembre », mon fils aîné, Jean-Marie, était hospitalisé en urgence à l’hôpital psychiatrique de Rennes. Il y restera six mois et sera diagnostiqué « Schizophrène ». Quand un garçon de 16 ans, qui était bien parti sur le plan de la santé et des études « disjoncte » ainsi brutalement, en classe de première, c’est un véritable séisme dans la famille : on pensait si fort que tout allait bien. Puis la suite est encore difficile et angoissante, car il n’existe pas de médicaments qui guérissent. Les seuls médicament qui existent sont des “béquilles” qui aident à moins souffrir et qui doivent être pris à vie. En outre, ils ont des effets secondaires importants: en particulier une très forte somnolence.

On ne connaît pas bien le fonctionnement du cerveau, et le handicap psychique résulte précisément d’un dysfonctionnement dans la phase finale de son développement (entre 16 et 25 ans).
On est passé par toutes les situations pendant des années (il a aujourd’hui 32 ans) : hôpital de jour, séjours à la maison, instituts thérapeutique du « Pin en Mauges » , lieu de naissance du chouan “de Cathelineau”, près de Cholet, « foyer de vie », et aujourd’hui, il habite seul dans un appartement en face de l’ancienne caserne Mac Mahon à Rennes, pour ceux qui connaissent, mais ses parents sont un soutien de proximité, sinon efficace du moins présent.

En effet la vie en famille est une mauvaise solution pour tout le monde, mais il y a très peu de structures adaptées, et les places sont donc très peu nombreuses. Cette grande difficulté à trouver des structures adaptées nous a incité à créer une « DEMEURE DES SOURCES ».

www.lademeuredessources35.fr

Pour expliquer l’origine de cette « DEMEURE”, il nous faut faire un peu d’Histoire. Pendant la seconde guerre mondiale, quand Rommel a envahi la Tunisie, un petit hôpital psychiatrique, dirigé par le neuro-psychiatre André Lamarche a du abandonner la zone des combats avec ses patients, et se replier en Algérie. Là, il a fallu repartir à zéro et le Docteur Lamarche a entrepris cette aventure avec ses patients. En particulier, il a imaginé de réinsérer ceux-ci dans le village local, en les incitant à participer à la vie locale. C’est à partir de cette collaboration avec la population autour d’activités artisanales, et agricoles qu ‘est née l’idée de réadaptation. En outre, il s’est aperçu dans ces conditions de vie, que les patients avaient moins besoin de médicaments et que le travail et les responsabilités leur étaient profitables.

Rentré en France, il créa en 1961 avec la Mutualité sociale Agricole, le centre de Billiers, dans le Morbihan, sur le site d’une ancienne abbaye cistercienne fondée au milieu du XIII ème siècle : « l’abbaye de Prières ». Dans ce centre de réadaptation, les personnes en situation de handicap psychique peuvent apprendre un métier : horticulture, menuiserie, lingerie, restauration, mécanique,….A la retraite, il invente le concept des « demeures des sources” : une petite structure familiale chrétienne de 4 à 6 personnes pilotée par “un membre de soutien”. Il y a 5 ans, il n’en existait que 3, car ce concept s’est perdu de vue. C’est en visitant l’une d’elles à Lourdes, que j’ai souhaité créé une telle structure à Rennes.

Avec le statut d’association loi 1901, la « DEMEURE DES SOURCES 35 ». loge depuis 3 ans, 6 jeunes adultes en situation de handicap psychique. Dans la journée, ils sont accompagnés par une « animatrice”, personne salariée qui les aide dans tous les domaines en essayant non pas de faire à leur place, mais de “faire faire”, ce qui demande de sa part autorité et pédagogie. En outre, elle doit faire respecter la Charte (ou règlement intérieur). Celle-ci repose sur le respect mutuel, car chaque résident a ses problèmes et son comportement qui sont particuliers. Elle est basée aussi sur la solidarité : ils doivent s’entraider, et ils le peuvent car ils connaissent chacun les difficultés handicapantes ou non de l’autre…Après trois années de fonctionnement, on peut dire que ça marche! Ils ont bien progressé dans leur autonomie au niveau de la cuisine, des déplacements en transport en commun, des relations avec les personnes, de la réalisation d’activités sportives artistiques ou culturelles qu’ils pratiquent à l’extérieur de la maison.

Ce handicap est en effet caractérisé par des difficultés relationnelles avec les autres, y compris la famille, (25% des prisonniers sont des personnes avec un handicap psychique ! parce qu’ il n’y a pas de structures adaptées pour les prendre en charge). Ils ont peu de motivations pour faire des choses, et c’est pourquoi, il faut beaucoup les stimuler. C’est le rôle de l’animatrice. (20 à 40% des SDF ont des troubles psychiques!). Ensuite ils ont des délires, des voix et/ou des angoisses très fortes qui s’imposent à eux, et les empêchent de se concentrer. Difficultés cognitives. Mais, points positifs important, ils conservent toute leur intelligence et leurs capacités physiques, et nous nous appuyons sur ces point forts pour progresser.

Sur le plan administratif, les obstacles paraissent infranchissables. Il a fallu trouver une maison, puis des finances, et enfin des “clients”. On a obtenu une reconnaissance préfectorale pour exercer notre activité de « logement de personnes en difficulté » mais pour obtenir un logement dans le secteur social (HLM) : “attendez” (et ça fait 5 ans !), pour obtenir des subventions: attendez (et ça fait 5 ans!). Heureusement que nous avons trouvé des bonnes âmes: grâce à internet pour nous louer une maison, et grâce à nos relations pour nous donner quelques sous pour boucler nos fins de mois. En effet les résidents payent 750 euros par mois tout compris pour couvrir le loyer, les charges, l’alimentation, le salaire du personnel,…

Mais haut les Cœurs! Nous avons la satisfaction de voir nos résidents de plus en plus autonomes et épanouis, et de jouir d’une bonne réputation sur la place de Rennes. Bientôt ils pourront, c’est notre but, habiter dans un appartement avec des relations sociales soutenues, et un travail en milieu ordinaire ou protégé.

Mes chers petits Cos, mon meilleur souvenir.

Merci pour votre soutien

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8 thoughts on “Que fais-je de ma retraite ?… une réponse de Raymond BAUDOUIN

  • Jean-Marie LEVAL
    5 janvier 2019 à 12 h 05 min
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    Emouvant et méritant bien des félicitations, avec mes vœux de courage, de persévérance et aussi d’opiniâtreté. Belle réalisation, familiale et supra. Bonne et meilleure année à toute la famille. Amitié.JM

  • Jean-Pierre SOYARD
    1 janvier 2019 à 2 h 12 min
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    Beaucoup de courage et de ténacité pour parvenir à de tels résultats.

    Merci pour ce remarquable témoignage d’amour et dévouement

    Bonne et heureuse nouvelle année à  toi, à tous les tiens et à ” la demeure des sources”

    Amitiés.

    Jean-Pierre

  • Jacques DELAIGUE
    31 décembre 2018 à 16 h 05 min
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    Je suis très admiratif devant cette belle réalisation née du courage de Raymond et de son désir de faire front. Je  profite de cette période pour adresser à “la demeure des sources 35” tous mes souhaits de bon développement.

  • 31 décembre 2018 à 10 h 44 min
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    … belle leçon de courage et de pugnacité face à l’adversité. Ceci permet de relativiser certains faits de société qui auraient tendance avec le nombrilisme, à occulter la vie que mènent d’autres, dans le silence d’une détermination sans faille. Chapeau et longue vie à “La demeure des Sources” !

  • Jean-Claude LUCAS
    31 décembre 2018 à 0 h 46 min
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    Merci Raymond de nous donner tant d’explications qui nous montrent combien nous pouvons être fragiles et forts à la fois, et que rien n’est jamais perdu d’avance.

    Je suis vraiment admiratif du travail que vous faites, de votre détermination, de votre force et de votre courage. Je souhaite longue vie à la “Demeure des Sources” beaucoup de bonheur à venir à ses hôtes encore plus de courage et de satisfactions à son admirable encadrement.

    Toute notre amitié à toi et ton épouse.

  • Antoine THIRY
    30 décembre 2018 à 22 h 15 min
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    Merci de ce témoignage et pour ton action, cher Raymond.Et bravo pour le courage qu’il t’a fallu pour entreprendre tout cela au milieu des difficultés familiales qu’il vous a fallu surmonter. Et j’ai une petite idée de ce que ça peut être, ayant été confronté dans la famille à un grave problème de bipolarité pendant des années. De plus la réadaptation n’est pas chose aisée, et réaliser cela avec seulement 750 €, c’est un sacré tour de force.

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