Souvenirs d’un coureur de demi fond par un autre coureur de demi-fond

Mes souvenirs de Claude CARRÉ

Témoignage de Jean-Claude AUMOINE

Si l’on parle de Claude CARRÉ, une foule d’événements sportifs et non sportifs me reviennent à la mémoire.

. Tout d’abord, je me rappelle que nous avons défendu les couleurs de trois Écoles dans les disciplines de cross-country et d’athlétisme, de 1962 à 1966. Au cours de cette période, je me souviens également de quelques anecdotes piquantes.

. Ensuite, ayant quitté nos Écoles, nous nous sommes parfois rencontrés, tout au long de notre carrière, et pas seulement pour des événements sportifs.

. Enfin, je me souviens, avec acuité, de notre dernière rencontre, à l’occasion de la journée d’étude, du 15 décembre 2006 à Coëtquidan, sur le sujet : Ethique, travail décent et sport.

La première École dont nous avons défendu les couleurs est celle du Prytanée militaire de La Flèche. Je garde en mémoire le test de sélection organisé pour la constitution de l’équipe de cross-country sénior.

Je me sentais confiant, à l’instar de mon camarade BERES qui avait, comme moi, participé au dernier championnat de France de cross-country, lui avec l’École militaire préparatoire (EMP) d’Aix en Provence, moi avec l’EMP d’Autun. Donc le départ est donné. BERES et moi observons un camarade qui s’échappe réellement. On se dit qu’il ne tiendra pas longtemps à cette vitesse là ; assurément on va le rattraper bientôt. Que DALLE ! On ne l’a plus revu…. Enfin si !! Mais après la douche. Je me rappelle lui avoir alors dit : « tu seras champion de France ! » Et je me réjouissais de bénéficier d’un coéquipier de cette valeur. Du reste, nous avons été sélectionnés pour la finale nationale universitaire.

L’année d’après, Claude et moi, nous nous retrouvons dans l’équipe de Saint-Cyr. A ce moment là, nous avons joué sur trois tableaux :

  • Le championnat universitaire ;

  • Le championnat militaire ;

  • Le championnat de la Fédération française d’athlétisme (FFA) avec nos clubs civils de RENNES et LORIENT.

Nous avons été, en particulier, champions de la III ème Région militaire, vice champions de France universitaire, et nous avons participé, en athlétisme, au maintien de nos clubs civils respectifs au niveau national. Précisons que notre action au profit des clubs civils est passée malheureusement inaperçue par manque de relations publiques militaires efficaces. Les clubs civils nous ont accueillis avec satisfaction et les membres du club reconnaissaient que les « Cyrards » leur avaient donné un bon coup de main ! Pour la cohésion ARMEES-NATION c’était parfait ! Inutile de dire que nous n’avions pas la même AURA auprès des universitaires (cf. souvenirs personnels de la faculté de RENNES).

Précisons que sur le plan individuel, Claude CARRÉ a gagné le championnat régional militaire de la IIIème RM et battu le record de Coëtquidan sur 1 500mètres en 3 mn et 58 secondes. Ce record a été battu lors du TAIAM de 1965 où Claude avait gagné le 1500 mètres. (TAIAM= tournoi d’athlétisme inter Académies militaires). Participants : Angleterre (SANHURST), Pays-Bas (BREDA), Belgique (BRUXELLES), France (SAINT-CYR et POLYTECHNIQUE). Précisons quand même, qu’avec le temps de 3mn 58 secondes au 1500 mètres, Claude figurait parmi les cent meilleurs performeurs français de tous les temps.

Après Coëtquidan, Claude et moi, nous nous retrouvons à l’École d’application de l’infanterie à SAINT-MAIXENT. Là encore, nous sommes sélectionnés pour la finale nationale militaire en cross-country et l’équipe termine dans le premier tiers des équipes participantes. En athlétisme et en cross-country nous signons au STADE NIOTAIS qui est très heureux de nous accueillir. Nous sommes trois officiers de Saint-Maixent : Claude CARRÉ, RAIMONDO (un copain de la promotion Zirneld  parallèle de la S 14 de l’EMIA) et moi. Nous figurons dans les quatre meilleurs du club. Au moment du championnat régional du POITOU-CHARENTES, Claude avait une tendinite. Quel dommage pour le Stade Niortais ! Nous aurions pu gagner le championnat civil ! C’est le sport. Mais avec le stade Niortais, j’ai deux bonnes anecdotes : l’une concerne le club Niortais avec MIMOUN, l’autre se rapporte au record des DEUX-SEVRES sur 1500 mètres.

Un jour il y eut un meeting d’athlétisme à BRESSUIRE auquel participait MIMOUN sur 2000 mètres. Le champion olympique sur marathon à MELBOURNE, en 1956, n’était plus tout jeune ; mais si on lui opposait des « régionaux » d’envergure moyenne il pouvait encore gagner, ce qu’il avait coutume de faire. MIMOUN se trouve donc opposé à un régional du Stade Niortais : un inconnu puisqu’il n’a pas participé au régional de cross-country. Que pensez vous qu’il arriva ? MIMOUN Mène bon train mai à la fin de la course, CARRÉ lui passe devant et lui met quelques bon mètres dans la vue !! MIMOUN le prend mal et marque son mécontentement. Comment ça !! On lui oppose un régional, inconnu au demeurant, qui lui fout une bonne tannée ! Mais qu’est-ce que c’est que ce traquenard ! Les Niortais rient sous cape. Finalement, on lui explique que Claude CARRÉ est Sous-lieutenant… Alors, l’ancien caporal blessé à MONTE CASSINO se ravise, se calme et discute ensuite chaleureusement avec son adversaire.

Un jour Claude décide de battre le record du 1500 mètres des Deux Sèvres (le record est supérieur à 4 mn donc dans les cordes de Claude). On organise la compétition. Les Niortais ne connaissent pas les performances de Claude. On lui met donc un lièvre qui devrait normalement l’emmener au-delà des 1200 mètres. On part. Le lièvre avance, pour CARRÉ, à une allure d’escargot. Claude lui passe brutalement devant au bout de 600 mètres. De la façon dont il a doublé le lièvre on peut supposer qu’il lui a dit : « casse-toi de là ! » Et CARRÉ termine tout seul en 3 minutes 58. Record battu de 4 secondes. Cela produit son effet.

En juillet 1966, nous quittons Saint-Maixent et, désormais, nous accomplissons nos carrières sportives avec des options différentes. Moi, je m’oriente vers le diplôme technique option entrainement physique militaire (EPM). Claude CARRÉ rejoint la préparation préolympique en pentathlon moderne. Nous nous rencontrons encore assez souvent, notamment au cours des championnats de France de cross. Claude m’apprend qu’il a intégré le Bataillon de Joinville (comme TABARLY). L’entrainement y est très dur. Il me raconte que ses coéquipiers et lui-même en arrivent à pleurer au bord de la piscine ! (Les cinq épreuves du pentathlon moderne sont : le 300 mètres nage libre, le cross de 4 km, l’équitation – parcours de cross -, l’escrime à l’épée et le tir au pistolet). Claude améliore encore ses performances en course à pied. Il a suivi un stage d’athlétisme à HOSSEGOR. Au test final au 1500 mètres il termine second derrière JAZY et devant tous les espoirs nationaux… et applaudi ce jour-là par le futur secrétaire de promo… Finalement CARRÉ ne sera pas sélectionné pour les Jeux Olympiques de MEXICO en 1968. Il se consacre désormais à sa carrière militaire. Il sera diplômé de Sciences Po

Il m’est arrivé de le rencontrer à nouveau quand il commandait le 76ème Régiment d’Infanterie à VINCENNES. Ensuite nous nous sommes revus assez souvent au Sevice historique de l’Armée de Terre (SHAT) où j’étais chef de corps.

Nous nous sommes rencontrés pour la dernière fois, le 15/12/2006, au colloque international de Saint-Cyr Coëtquidan , organisé par le Centre de recherche des Ecoles de Saint-Cyr en partenariat avec le programme Universitas de l’organisation internationale du travail. Le sujet du colloque était : « Ethique, Travail décent et Sport ». Le matin, nous avions fait, chacun, un exposé dans des salles différentes, moi sur mon expérience au Commissariat aux sports militaires (CSM), lui sur son expérience comme « sportif de haut niveau ».

En fin de journée, nous nous sommes retrouvés en « assemblée plénière » avec tous les intervenants et les auditeurs du colloque. Le professeur Henri HUDE, responsable du pôle de recherche Ethique et Déontologie de Coëtquidan, ouvre les débats en précisant que le matin «  le général CARRÉ avait pas mal allumé ». Vous savez quand Claude n’est pas d’accord, il le fait vite savoir. Bref ! Je suis le premier à prendre longuement la parole. Ensuite Claude me dit : « plombier, passe-moi le micro, STP ». Je réponds « tu vas dire que j’ai raconté un tas de conneries !» « Mais non… » Et Claude apporte des précisions très pertinentes sur le sujet.

Il fallait observer le regard médusé de nos jeunes Saint-Cyriens auditeurs du colloque !… Ils ont du se dire : « les deux anciens là, c’est pas de la tarte ! »

A la fin de la journée, je suis invité à dîner par le professeur Henri HUDE. Autour de la table figurent de nombreux étrangers. A un moment, le professeur HUDE me prend à part et me demande : « mon Colonel, vous êtes, de la promotion du Général CARRÉ ? » Je lui réponds : «  oui, vous savez nous sommes de la SERMENT DE 14 ». A ce moment là, le professeur HUDE réplique sur un ton vraiment  admiratif : « Mais alors, QUELLE PROMO ! » Je me suis senti très fier de moi, de Claude et de la promo.

Voilà donc pour les souvenirs sportifs que j’ai partagés avec notre petit co Claude CARRÉ.

Pour conclure, je me permets d’affirmer que nous avons fait beaucoup pour la cause du sport, en général, et celle du sport militaire, en particulier. Et nous avons laissé des traces.

Je finirai avec une remarque. Vous savez, de nombreux auteurs, théoriciens du sport, décrivent les qualités morales développées par la pratique du sport. On pense à la volonté, au sens du dépassement de soi, au respect des règles et au respect d’autrui… Evidemment, ils supposent que ces qualités morales, développées par la pratique du sport sont transférables à la vie professionnelle, entre autres. En sommes-nous si sûrs ?

Pour ma part, je pense que l’on peut inverser la démarche.

C’est justement parce que nous sommes dotés, au départ, de qualités morales que nous pouvons les exprimer dans la pratique sportive, certes, mais aussi dans notre pratique professionnelle.
Les qualités morales que Claude a exprimées dans ses actes sportifs, il les a aussi exprimées dans l’exercice de sa profession, comme chef de corpd du 76ème RI, comme commandant du Prytanée militaire de LA FLECHE, comme attaché de défense auprès de l’ambassade de France en ISRAEL….

Vous comprendrez que j’ai admiré Claude le petit co athlète, mais aussi, et surtout, l’homme avec toutes ses qualités morales. Merci CLAUDE, pour les bons moments sportifs que nous avons vécus et surtout pour l’exemple que tu fus dans l’exercice de notre métier.

Jean-Claude AUMOINE  de la section Rutler – dit “le Plombier”, novembre 2019.



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7 thoughts on “Souvenirs d’un coureur de demi fond par un autre coureur de demi-fond

  • Gilles MICHEL
    13 décembre 2019 à 9 h 53 min
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    Mon cher camarade,
    Je viens de lire avec un peu de retard le récit de tes souvenirs sur et avec notre ami Claude. Quel beau témoignage !
    Je loue et admire ta mémoire; la clarté, la précision, l’humour sous jacent de ta lettre.
    Je te remercie d’avoir partagé avec nous cette page de vie.
    Gilles MICHEL

  • Le Ouèbemaître
    10 décembre 2019 à 18 h 32 min
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    Le “Plombier” étant toujours fâché avec Internet, il a écrit cette lettre à Paul Moulian qui l’a éditée. Il ne lira pas les commentaires ci dessous mais il les retrouvera dans le prochain bulletin 43 qui sortira… non quand les poules auront des dents… mais quand il y aura assez de nouvelles des uns et des autres pour être un bulletin S14 digne de son nom

  • Jean-Marie LEVAL
    10 décembre 2019 à 17 h 27 min
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    Merci Plombier, et pour ce complément élogieux et mérité concernant notre disparu, et pour raviver bien des souvenirs morvandiaux, tant sur le stade de l’amphithéâtre romain, que sur les pistes creuses de la cascade de Couard ou du temple de Janus, où tu as dû allonger là aussi ta foulée. Amitié et meilleur souvenir. JM

  • Jean-Jacques NOIROT
    7 décembre 2019 à 11 h 20 min
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    Les surnoms ont la vie dure….
    Sans doute notre” commandant des gardes” fut un grand sportif. Mais Jean-Claude, qui nous le rappelle très élégamment, fait partie ce ceux qui. nous ont aussi marqués, nous les EMP’S d’Autun.
    Les grands coureurs de l’époque s’appelaient Benoît, Daloum, et quelques autres dont les noms m’échappent. Jean-Claude était de ceux qui tournaient autour du stade de l’amphithéâtre romain inlassablement, avec une foulée qui se reconnaissait de loin, ample, rapide, calculée.
    Merci, Jean-Claude, de nous remettre en mémoire, à travers ce texte plein d’émotions, ces temps jolis où nous songions à nous battre contre les chronos dans la joyeuse ambiance du plaisir de l’effort toujours inachevé.

  • Patrick JARDIN
    7 décembre 2019 à 9 h 07 min
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    Merci “Plombier” pour ce beau témoignage. Je suis d’autant plus admiratif de tous les deux que le cross n’était pas mon point fort. J’en ai plutôt bavé au cross bat. Comme chef de corps, j’arrivais quand même au milieu de mon régiment. Comme chef d’état-major en Guyane, à 52 ans, j’entendais l’ambulance derrière moi mais je ne suis arrivé dernier.

  • Jean-Claude LUCAS
    6 décembre 2019 à 16 h 25 min
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    Merci Jean-Claude de nous avoir remis en mémoire, mais aussi appris , Par certains aspects quel homme était claude!
    Merci aussi d’avoir fait mention de “Williams” ( BERES) avec lequel j’ai fais toutes mes études: à Billom , à Aix avant La Flèche.

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